La gestion d’actifs et la normalisation des benchmarks

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La Fondation Maison des Sciences de l’Homme (FMSH) et le groupe SMABTP, en collaboration avec le Laboratoire d'Excellence Régulation Financière, a organisé un après-midi d’étude sur le thème :

Normes financières et régulation :

La gestion d’actifs et la normalisation des benchmarks

qui a eu lieu le mercredi 20 novembre 2013 à l'auditorium du groupe SMABTP, 114, avenue Emile Zola, Paris 75015.

Entrée libre. Inscription obligatoire.

 

Organisateurs :

Hubert Rodarie (directeur général délégué du groupe SMABTP),
Christian Walter (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, professeur associé à l’IAE et membre du Centre de recherches Philosophies contemporaines, EA 3562).

CONTEXTE :

La crise de 2008 a débouché sur d’intenses débats politiques et économiques à propos des réformes censées permettre d’éviter la reproduction des défaillances observées. Pour autant, au-delà de quelques effets d’annonce, rien n’a fondamentalement changé. Le système économique reste englué dans des dettes massives et le système financier qui les gère n’a pas évolué. Il demeure fondé sur des a priori théoriques relevant de courants de pensée en apparence différents, mais en réalité issus pour l’essentiel de la même représentation de l’incertitude.

Depuis 2009, mobilisés à l’initiative d’Hubert Rodarie, plusieurs chercheurs ont croisé leurs propres recherches, coordonnés par Christian Walter, dans le but de montrer comment ces a priori théoriques ont pu conduire à utiliser des modèles défectueux qui ont rendu les normes financières, légales ou professionnelles, inefficaces voire dangereuses. Après les deux premières journées de 2009 et 2011, une troisième journée d’études réunira le 20 novembre 2013 des praticiens de l’économie et des chercheurs des disciplines fondamentales des sciences sociales pour aborder la modélisation de l’incertitude dans la sphère financière, ses conséquences sur l’économie réelle, et les pistes pour construire un nouveau cadre conceptuel et bâtir une régulation plus sûre.

Cette année, le thème du colloque portera sur la pratique professionnelle de la gestion d’actifs : on assiste en effet dans ce secteur à la procéduralisation du métier de gérant (normes de gestion) accompagnée d’une représentation des sources de performance qui ont pour effet de minimiser le rôle individuel du gérant au profit de critères collectifs.

Les débats qui ponctueront les exposés individuels seront l’occasion d’élargir le cadre du débat public en vue de reposer à partir d’un angle nouveau les questions qui préoccupent économistes, politiques et opinion publique : comment réguler efficacement la finance pour limiter la formation de nouveaux risques systémiques.

PROBLEMATIQUE :

Plongés dans l’incertitude économique et financière, les gérants de portefeuille professionnels doivent être capables de prouver leur professionnalisme en mettant en scène leur savoir faire. Cette mise en scène, le jeu du gérant, s’apparente à une performance au sens théâtral du terme, et la mesure de performance devient un élément clé de l’appréciation de la valeur ajoutée de la gestion. Le jeu du gérant est aussi sa marge de manœuvre par rapport à des contraintes normatives : jouant son professionnalisme, il dispose d’un jeu par rapport à une normativité construite par des portefeuilles cibles désignés comme « benchmarks ».

Issus de l’application de la théorie financière des années 1950, les benchmarks sont des bornes (sens initial anglais) qui cadrent le jeu du gérant, et sa performance sera appréciée par sa capacité à bien jouer de et dans ces bornes. La gestion professionnelle est une gestion bornée. Le professionnalisme de la gestion est, selon la finance orthodoxe, mesuré à l’aune de la piste que le gérant suit de borne en borne, de la trace qu’il laisse de la trajectoire qu’il parcourt (« track record »). Les techniques de mesure chiffrée et mathématisée de la performance de la gestion (les statistiques des résultats) développent des outils de mise en place construits par les représentations de la théorie financière.

Nous visons un double objectif. D’abord, à l’heure où le destin de la construction européenne et de la puissance publique dans les Etats européens semble plus que jamais lié au fonctionnement de l’économie financiarisée (et en partie globalisée) qui sous-tend l’activité des hommes et des femmes, il importe de comprendre dans quel processus s’inscrit la normalisation de la gestion d’actifs. Est-ce un processus dans lequel les erreurs du passé et les problèmes rencontrés trouvent des solutions, ou sont mis en perspective d’une manière nouvelle ? Pour le savoir, il sera nécessaire de situer les normes de gestion et les directives UCITS par rapport au fonctionnement des marchés (pratiques habituelles, formes de l’organisation, problèmes rencontrés, critiques) et de chercher à comprendre comment la fabrication des benchmarks est devenue un enjeu professionnel majeur pour la gestion d’actifs.

Un second objectif, important pour nous, est de progresser dans la compréhension des rapports entre théories, croyances et pratiques. L’objectif du régulateur est de concrétiser des notions abstraites à travers un ensemble de normes financières réglementaires. Un des enjeux de ce colloque sera d’étudier comment une représentation scientifique se diffuse auprès des acteurs professionnels et d’analyser quelles en sont les conséquences pour les marchés financiers. Rares sont les domaines où la décision humaine est à ce point guidée par des indicateurs, des méthodes et des logiciels qui portent la marque de théories spécifiques. Par là, ces théories acquièrent une forme de performativité : ce qu’elles décrivent du réel se trouvent affecté par les relais qu’elles trouvent dans les prévisions et les formes de compréhension que développent les agents qui s’appuient sur elles. De ce point de vu, il importe particulièrement d’interroger le raisonnement quetelésien et d’interroger son influence sur la manière dont on conçoit l’organisation et la régulation de la gestion d’actifs.

La pratique professionnelle des benchmarks constitue à cet égard un point de référence important, propre à susciter des questions de fond sur la manière dont l’action collective et l’initiative publique dépendent de nos représentations théoriques au sujet du monde social, de la nature du hasard et du risque, du degré d’autonomie de la sphère des transactions économiques. Une réflexion plus large se trouvera dès lors engagée, à propos du rôle des théories dans la légitimation de la réglementation que met en place la puissance publique.

PROGRAMME :

Accueil : 14h
 

Introduction
Hubert Rodarie (Directeur général délégué, groupe SMABTP)

Les enjeux
 

Première session. La fabrication des benchmarks : un enjeu de régulation financière

 
Michel Piermay (Président de Fixage)
Rôle du benchmark dans la sélection de gérants par appels d’offres
 
Sabine Montagne (IRISSO, université Paris Dauphine)
Rôle du benchmark dans les normes de fonds de pension
 
Pierre de Larminat (Goethe Universität)
Benchmarks et critères de professionnalisation des gérants de portefeuille
 
Pierre-Charles Pradier (Directeur délégué ENASS)
Benchmarks et « répression financière » sous l’Absolutisme (XVIIe- XVIIIe siècle).
 

Deuxième session. Benchmarks, incertitude et lois de probabilités

 
Eric Brian (EHESS)
Bornage de l‘incertain par le calcul des probabilités. En bref, toute une histoire.
 
Olivier Le Courtois (EM Lyon)
Type de processus aléatoire, pertinence des
benchmarks et risque systémique
 
Christian Walter (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne / FMSH) Le débat Keynes vs. Samuelson à la lumière des processus de Lévy
 

Conclusion

(18h15 – 18h30).
 
Questions posées et futures pistes de travail

Pour tous renseignements : http://epistemofinance.hypotheses.org/presentation/3eme-colloque-2013

La gestion d’actifs et la normalisation des benchmarks

a eu lieu le mercredi 20 novembre 2013 à l'auditorium du groupe SMABTP, 114, avenue Emile Zola, Paris 75015.

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