Menu icoMenu232White icoCross32White
<
>

Images de la page d'accueil

Cliquez pour éditer

Images de la page d'accueilBandeau avec du texte, des boutons ou une inscription à la newsletter

Cliquez pour éditer

Les chroniques de la Société d'Economie Politique pour L'Express

Comprendre les révolutions technologiques, sociales, économiques ; appréhender les nouvelles formes de mondialisation et de concurrence ; décortiquer les grandes manœuvres de la finance...Tel est l'objectif de la chronique de la Société d'Economie Politique que L'Express publie sur son site chaque samedi. Toutes les semaines, un membre de la SEP tentera de porter un regard éclairé sur un débat d'actualité. Une analyse fouillée au travers d’un prisme libéral, pro-libre échange et européen.

La Chronique de la Société d'Economie Politique est à découvrir

chaque samedi sur le site de L'Express

La chronique du 20 novembre 2021

Quelle situation économique pour la France et la zone euro après-crise ?

Par Olivier REDOULES

La Commission européenne vient de publier ses prévisions économiques couvrant l’ensemble des pays membres et leur environnement international. Comme toutes les autres prévisions, elles sont entourées d’incertitude, et parfois déjà datées le jour de leur parution. Elles n’en constituent pas moins l’un des documents les plus utiles pour appréhender la situation macroéconomique, car fondées sur une expertise et des données extrêmement riches, et une modélisation cohérente entre pays et grands secteurs de l’économie.

Celles-ci sont les premières prévisions de la Commission à se placer une perspective d’après-crise (les précédentes dataient de mai 2021, en pleine troisième vague épidémique). Elles offrent donc un premier aperçu de la situation économique à l’horizon 2023, s’il ne se produit pas d’accident d’ici-là.

Un rebond de croissance en France et en Europe jusqu’en 2023

La Commission prévoit que le rebond économique après-crise se poursuit jusqu’en 2023 (la croissance de la zone euro atteignant encore 2,4 % en 2023).  Cela suppose la fin de l’épidémie et l’absence de frein majeur à la croissance, mais ce n’est pas un scénario de boom de la consommation, les ménages maintenant une épargne plus élevée qu’avant-crise.

Dans ce mouvement d’ensemble favorable, l’économie française dépasserait en 2023 son niveau de 2019 d’environ 4 %. C’est moins que la zone euro (5%) mais autant que l’Allemagne et davantage que l’Espagne ou l’Italie (environ 3%). En termes de niveau de vie, mesuré en PIB par habitant, la reprise serait néanmoins moins forte en France qu’en zone euro, mais aussi qu’en Allemagne ou qu’en Italie.

Le scénario de la Commission s’arrête en 2023, mais laisse attendre une croissance plus faible après, l’économie dépassant son potentiel en 2024. Pour la France comme pour la zone euro, cela signifie un retour vers une croissance plus proche de 1 % après 2024 (voir le scénario de l’OCDE à horizon 2060).

Une reprise de l’emploi particulièrement forte en France

La hausse du chômage a été contenue durant la crise, eu égard à la violence du choc qui a frappé l’économie. La résilience du marché du travail, permise par le recours étendu à l’activité partielle et autres mesures publiques de soutien, a été bien meilleure qu’attendue.  La Commission prévoit pour 2023 que le taux de chômage serait plus bas qu’en 2019, pour la France comme pour la moyenne de la zone euro.

La France se distingue en outre par une croissance de l’emploi un peu plus dynamique (1,6 % d’emploi total entre 2019 et 2023) que la moyenne de la zone euro  (1 % entre 2019 et 2023), et que ses voisins (0,5 % pour l’Allemagne entre 2019 et 2023). La reprise de l’emploi en France a surpris  car elle a été plus rapide que celle de l’activité. Elle s’accompagne en contrepartie d’un ralentissement de la productivité du travail, qui  interroge pour la dynamique de l’économie à moyen terme.

Une dégradation différenciée des finances publiques

Globalement, la dette publique s’élèverait en 2023 environ 11 points de PIB au-dessus de son niveau de 2019 pour l’ensemble de la zone euro (passant de 86 % du PIB à 97%).  La hausse serait inférieure à 10 points pour l’Allemagne, l’Autriche, les Pays-Bas ou le Portugal, de l’ordre de 15 points pour la France et l’Italie, et de plus de 20 points pour l’Espagne.  Fin 2023, six pays dépasseraient les 100 % de PIB de dette publique (dont la France à 113%), contre trois fin 2019. Cela étant, pour une courte majorité de pays, la dette se situerait en dessous ou proche de 70 % de PIB en 2023, et un tiers des pays seraient d’ailleurs déjà sous les 60%.

La France aurait en 2023 un déficit public de 3,5 %, supérieur à celui l’Allemagne (0,5 %) et à la moyenne de la zone euro (2,4%). Il serait inférieur à ceux de l’Espagne (4,2%) et de l’Italie (4,3%), grâce une charge d’intérêts plus faible.

Malgré une reprise particulièrement dynamique, aucun pays de la zone euro, à part le Luxembourg, n’afficherait des comptes publics excédentaires en 2023, alors que c’était le cas pour la majorité en 2019. Le déficit public moyen de la zone euro serait de 2,4 % en 2023, contre 0,6 % en 2019.  En comparaison, la situation de la France se serait moins dégradée avec la crise (+0,4 point de déficit contre + 1,8 points pour la moyenne de la zone euro), en partant certes d’un déficit plus important en 2019.

Des comptes extérieurs toujours négatifs pour la France

La bonne mesure des comptes extérieurs d’un pays est le solde de la balance courante ou solde courant. Celui-ci inclut le solde commercial sur les biens, mais aussi le solde des échanges de services ainsi que les flux de revenus (tels que les revenus financiers, les royalties et droits d’auteurs, etc.). Il mesure l’épargne nette du pays quand il excédentaire, ou au contraire son besoin de financement extérieur. Son interprétation diffère du solde commercial sur les biens, qui est le plus souvent commenté. Ainsi, la Finlande avait en 2019 un solde commercial excédentaire mais un solde courant déficitaire, alors que l’Espagne était dans la situation inverse.

La France est le seul grand pays de la zone euro avec un solde courant déficitaire en 2023, alors que la majorité des pays de la zone euro sera en excédent extérieur, comme la zone euro dans son ensemble. Cette singularité, déjà présente avant-crise, fait dépendre la France de financements extérieurs, rendus possibles par la confiance dont elle bénéficie de la part des investisseurs internationaux. 

Olivier Redoulès est économiste et membre de la SEP

Lire les chroniques précédentes

 

Pourquoi l'Europe semble pour le moment à l'abri de la spirale inflationniste - Par Denis FERRAND, 12 novembre 2021

Le défi français des délais de paiement - Par Jean-Yves ARCHER, 30 octobre 2021

Prix du carburant : une réforme de fond du prix de l'énergie reste à faire - Par Etienne CHANTREL, 25 octobre 2021

Politique de la concurrence : gardons en Europe notre avance sur les Etats-Unis ! - Par Etienne CHANTREL, 2 octobre 2021

Taïwan et ses semi-conducteurs, au coeur du conflit sino-américain - Par Thomas FRIEDBERGER, 25 septembre 2021

Réforme de l'imposition mondiale : victoire ou dérive du multilatéralisme ? - Par Thierry AIMAR, 11 septembre 2021

Non, la Banque Centrale Européenne n'accroît pas les vraies inégalités ! - Par Jean-Paul BETBEZE, 4 septembre 2021

50 ans après la fin des accords de Bretton-Woods, qui sont les vrais concurrents du dollar ? - Par Valérie PLAGNOL, 28 août 2021

L'essor franchement préoccupant de la dette publique hors bilan - Par Jean-Yves ARCHER, 13 août 2021

Réchauffement climatique : comment limiter l'appauvrissement collectif ? - Par Olivier REDOULES, 7 août 2021

Vingt ans après, l'échec de la LOLF - Par François ECALLE, 31 juillet 2021

Le retour de l'inflation n'est pas pour tout de suite mais se façonne petit à petit - Par Denis FERRAND, 24 juillet 2021

Revenu d'engagement : voir encore plus grand ? - Par Emmanuel COMBE, 17 juillet 2021

Système universel de retraite : l'heure du renoncement - Par Vincent TOUZE, 10 juillet 2021

Quelles incitations pour voter ? - Par Maya BACACHE, 3 juillet 2021

Peut-on demander plus d’engagements aux entreprises… sans leur permettre plus de profit ? - Par Jean-Paul BETBEZE, 26 juin 2021

Bénéfices des entreprises : vers des vents contraires ? - Par Thomas FRIEDBERGER, 19 juin 2021

Avis de gros temps sur la zone euro - Par François ECALLE, 12 juin 2021

Cryptoactifs : bulle ou révolution ? - Par Joël-Alexis BIALKIEWICZ, 5 juin 2021

Le trou de la raquette de la dette publique : le déficit extérieur - Par Thierry AIMAR, 29 mai 2021

Pentecôte ou la difficile équation du vieillissement - par Olivier REDOULES, 22 mai 2021

A quoi sert un économiste ? « Ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas »  - par Emmanuel COMBE et Denis FERRAND, 15 mai 2021