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La chronique du 22 mai 2021

Pentecôte ou la difficile équation du vieillissement

Par Olivier REDOULES

Un déséquilibre entre richesse produite et distribuée

Ce lundi de Pentecôte a été, pour beaucoup de salariés, journée de solidarité. Cela signifie travailler sans être payé ou poser un congé pour un jour férié.

La journée de solidarité a été créée en 2004, après la canicule de 2003 qui avait, selon les termes du projet de loi de l’époque, montré que notre pays n'avait pas suffisamment pris en compte les conséquences humaines du vieillissement de notre société. La journée de solidarité est un prélèvement sur les salariés, combiné à la suppression d’un jour férié non travaillé ; elle représente moins de 0,5 % des cotisations et contributions sociales payées par les salariés et leurs employeurs.

Notre système de retraites transfère en continu 14 % de la richesse produite dans le pays, principalement à travers les cotisations de salariés et d’entreprises, vers les retraités. Les pensions sont distribuées en tenant compte des cotisations versées durant la vie active et des spécificités de certaines professions. S’ajoutent d’autres dépenses au bénéfice des retraités, notamment de santé, et d’autres financements.

L’équation est devenue compliquée en France car la richesse produite n’augmente pas aussi vite que celle qui est distribuée, et ce depuis les années 1980. Le nombre de bénéficiaires du système augmente, avec le vieillissement, mais l’économie ne suit pas au même rythme.

Un système généreux mais coûteux

Les retraités jouissent aujourd’hui d’un niveau de vie moyen plus élevé que l’ensemble de la population et d’un taux de pauvreté deux fois plus faible. Les pensions représentent une part plus importante dans la richesse nationale que dans aucun autre pays européen, hors Grèce et Italie, alors que la part des personnes âgées dans la population française est dans la moyenne européenne.

Pour financer une telle générosité, on a dès les années 1970 augmenté massivement les charges sur l’activité, au point de décourager parfois le travail et l’investissement. On n’en est que partiellement revenu. Pour une même somme déboursée par l’employeur, un salarié français reçoit moins, en salaire net, qu’un suédois ou un allemand par exemple, dès lors qu’il occupe un emploi un peu qualifié. Et les entreprises françaises doivent s’acquitter d’impôts plus lourds que dans les autres pays.

La France a aussi eu recours à l’endettement, reportant le problème dans le temps, c’est la CADES. On a parfois dû rogner sur d’autres dépenses, dont certains investissements d’avenir, dans l’éducation ou la recherche et l’innovation, où la France a pris du retard.

Proportionner davantage la dépense

Face à l’équation du vieillissement, une autre approche a été de proportionner la dépense de retraites à la richesse produite par le pays, ce qui permet de trouver un équilibre avec d’autres objectifs comme améliorer les conditions de vie du reste la population, investir dans la production de richesses future, favoriser le développement social et humain, préparer le pays aux défis à venir.

À plusieurs reprises, la France a réussi à infléchir la part des retraites dans la richesse nationale, temporairement, comme c’est le cas depuis quelques années.

Un premier levier a été le report du départ à la retraite, soit en jouant sur l’âge légal, soit en utilisant les décotes et surcotes. L’âge de départ moyen est monté à 62,2 ans en 2019, contre 60,5 ans en 2010. Entre 2000 et 2019, on est passé de 10 % à 30 % des personnes de 60 à 64 ans en emploi. Les autres pays européens sont allés au-delà : 45 % des personnes âgées de 60 à 64 ans travaillent en Europe, plus de 60 % en Allemagne, aux Pays-Bas ou en Suède. Le report de l’âge a l’avantage d’accroitre la richesse produite par le pays : cela explique pourquoi la richesse par habitant a augmenté plus vite dans le reste de l’Europe qu’en France. Mais cela nécessite une adaptation du marché du travail qui prend du temps et de l’énergie.

Un levier plus immédiat consiste à réduire les pensions versées aux retraités, par exemple en ne les revalorisant pas à hauteur de l’inflation, ou bien à augmenter la fiscalité qui s’y applique. Les effets sont plus rapides qu’avec un report de l’âge de départ, et cela renforce l’intérêt de travailler plus longtemps. Il faut bien sûr préserver le niveau de vie des retraités les plus modestes, en renforçant la redistribution entre retraités. L’inconvénient que la consommation des retraités baisserait un peu doit être relativisé vu le déficit extérieur, qui traduit plutôt un excès de consommation par rapport à la richesse produite dans notre pays.

De nouveaux défis

L’équation va encore se compliquer dans les années à venir, avec le vieillissement qui se poursuit, et une économie affaiblie par la crise. Naturellement, personne ne se réjouit de voir sa retraite diminuée ou d’avoir à travailler plus longtemps que souhaité. Mais ces inconvénients devront être mis en perspective avec les défis posés aux jeunes générations par le changement climatique, l’adoption des nouvelles technologies, la transformation du monde du travail et des compétences, qui demandent des investissements considérables.

Pour en savoir plus :

Olivier REDOULES est  économiste et membre de la Société d’Economie Politique.