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La chronique du 3 juillet 2021

Quelles incitations pour voter ?

Par Maya BACACHE

2 électeurs sur 3 n’ont pas voté lors des élections régionales en France. Cela interroge notre régime démocratique et interpelle également l’économiste : Peut-on inciter les électeurs à aller voter ?

Le vote est une action paradoxale, puisqu’il représente un coût (lire les professions de foi, s’informer, se déplacer, ne pas faire autre chose …) mais une rentabilité directe négligeable (une voix a un impact très faible sur le résultat final au vu du nombre de votants). Il serait dès lors rationnel de laisser les autres voter, donc supporter le coût, et d’en tirer les bénéfices collectifs du vote démocratique. Bien entendu, si tout le monde appliquait ce raisonnement, personne ne voterait et la démocratie s’effondrerait. Il faut donc mieux comprendre et modifier cet arbitrage coûts-avantages.

Tout d’abord, on peut réduire les coûts: procédures de vote et inscription électorale simplifiées, fluidité du passage aux urnes, dates des élections, etc. Les politiques publiques de type « nudge », en simplifiant la procédure décisionnelle, s’inscrivent dans cette approche de réduction des coûts: l’envoi des professions de foi des candidats la semaine des élections, ou les derniers tracts sur les marchés sont autant de coups de coude pour aller voter.

Néanmoins, le coût principal provient de l’information à collecter pour guider son choix. Or, ce coût est décroissant avec le nombre d’élections. Pour le premier vote, il faut s’informer sur l’ensemble des partis, s’inscrire, etc. Au fur et à mesure, l’habitude du vote s’installe et le coût marginal à voter décroit. Ainsi, les populations plus âgées, ayant pris l’habitude de voter, le font plus facilement que les plus jeunes, toutes choses égales par ailleurs. L’idée est alors de modifier l’arbitrage coûts-avantages des plus jeunes, et de les inciter à aller voter les premières fois, sachant qu’ensuite l’habitude viendra prendre le relais.

Une deuxième solution est non de réduire les coûts mais d’augmenter les bénéfices directs. De nombreuses incitations financières ont été mises en place, en particulier aux Etats-Unis, qui améliorent toutes le taux de participation : rémunération financière directe, crédit d’impôt, distribution de pizza ou de bière, participation à une loterie, etc. En revanche, toutes biaisent la représentativité et le contenu du vote : nous ne sommes pas tous également sensibles à la pizza.

Une approche symétrique consiste, plutôt que de passer par l’incitation monétaire positive, à rendre le vote obligatoire, et à matérialiser cette obligation par une amende en cas d’abstention. Des chercheurs (M. Gonzales et al, 2019) ont étudié le cas du Pérou, où le vote est obligatoire, et où des modifications du montant de l’amende offrent une expérience naturelle riche de leçons. L’effet de l’incitation monétaire est positif mais faible, l’élasticité est de 0,03 : une hausse de l’amende de 15 sols (3 euros) augmente le taux de participation de 0,5 points. De plus, les électeurs se déplacent pour voter mais ne s’expriment pas. Ainsi pour 10 votes induits par la crainte de l’amende, près de 9 sont blancs ou nuls. Enfin, les plus de 70 ans, qui n’ont pas l’obligation de voter, votent encore moins que les électeurs de 69 ans pour qui on supprime l’amende sans supprimer l’obligation légale. Ceci laisse penser que le caractère moral et obligatoire du vote est plus décisif que l’amende.

Dans tous ces cas, on modifie l’arbitrage coût-avantage par des éléments financiers extérieurs à l’action politique elle-même (motivation extrinsèque). Ce qu’on voudrait faire pourtant, c’est bien augmenter la motivation intrinsèque, donner envie de voter.

Les électeurs les plus réguliers, qui eux ne s’abstiennent donc pas, sont soit les électeurs « partisans », avec des choix politiques clairs et constants, soit ceux qui ont une préférence pour l’activité politique en elle-même. Dans les deux cas, l’arbitrage coûts-bénéfices joue en faveur du vote : pour ces électeurs, il est, d’une part, très peu couteux de voter car le coût marginal d’une nouvelle élection en termes d’informations à rassembler est faible, et, d’autre part, agréable de le faire car ce comportement est valorisé socialement et s’insère dans une pratique collective, un débat familial et amical, une insertion dans le groupe.

Ainsi, plutôt que l’incitation à voter, c’est l’incitation à s’informer qu’il faudrait cibler. La sensibilisation au débat politique, la connaissance des personnels politiques, des programmes, bref l’information est ainsi la voie principale d’amélioration de la participation. L’adaptation des médias et de la presse aux nouveaux canaux de distribution, en particulier à destination des jeunes qui délaissent les médias traditionnels, est ici essentielle.

 

Maya BACACHE est membre de la Société d’Economie Politique et Professeur de sciences économiques, Telecom Paris, CNRS I3 et membre du collège de l’ARCEP