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La chronique du 17 juillet 2021

Revenu d'engagement : voir encore plus grand ?

Par Emmanuel COMBE

Emmanuel  Macron a annoncé cette semaine la mise en place d’un « revenu d’engagement » pour les jeunes, dont les modalités seront précisées à la rentrée de Septembre.

Fidèle à son approche en termes de droits et de devoirs, il a redit son attachement à la nécessité d’une contrepartie. De plus, le « revenu d’engagement », tout comme avant lui la « garantie jeune », sera ciblé sur les jeunes les plus fragiles. En particulier, le dispositif visera ceux que l’on appelle les NEET, acronyme anglais pour désigner les jeunes qui ne sont « ni en emploi, ni en étude, ni en formation ».  Les chiffres sont assez significatifs pour un pays comme la France : en 2018, selon la DARES, les NEET de 16 à 25 ans représentaient 12,9% de leur classe d’âge, soit presque 1 million de personnes. Dit autrement, 1 jeune sur 8 serait un NEET.  La France n’est pas le seul pays en Europe dans cette situation  délicate : on retrouve des chiffres équivalents en Italie, en Espagne, en Grèce et dans les pays de l’Est ; a contrario, les pays nordiques présentent de faibles taux de NEET.

Pourquoi les NEET sont-ils un sujet si important d’un point de vue économique ? Un petit détour par la théorie du capital humain (G. Becker) permet de mieux le comprendre. Chaque individu est un peu à l’image d’une entreprise : il investit -non pas dans des machines-  mais en lui-même lorsqu’il va à l’école ou se forme sur le terrain. L’éducation et la formation ne sont pas du temps perdu mais un « détour de production » : elles mobilisent des ressources à court terme mais vont permettre à l’individu d’être plus efficace demain et donc d’accroitre sa productivité et son attractivité. De plus, pour que l’investissement en capital humain soit rentable, il est nécessaire que l’individu réalise un investissement minimal, par exemple en maitrisant des savoirs fondamentaux (lire, écrire, compter, etc). Enfin, si le capital humain n’est pas entretenu (un peu comme une machine) au cours du temps, il va se dégrader, surtout lorsque la personne est inactive. On comprend dans ces conditions qu’un NEET court le risque de se retrouver durablement dans une situation d’exclusion, si rien n’est fait pour lui remettre le pied à l’étrier.

Tel est bien l’objet du dispositif existant de « Garantie Jeune », consistant à signer un contrat entre un jeune en grande précarité et une mission locale, dans le but de le réinsérer sur le marché du travail. Ce dispositif s’accompagne d’une aide financière dont le montant peut aller jusqu’à 500 euros par mois sur une période de 18 mois. Le jeune s’engage en contrepartie à suivre des ateliers de formation, à réaliser des entretiens individuels et des stages en entreprise. Cela marche plutôt bien si l’on en croit une étude de la Dares : 40% des jeunes passés par ce dispositif occupent un emploi à l’issue des 18 mois. 

La garantie jeune est toutefois peu mobilisée en pratique : on parle au mieux de 200 000 jeunes accompagnés en 2021. L’enjeu du nouveau « revenu d’engagement » sera donc de changer d’échelle, pour aller toucher le million de NEET. La tâche ne sera pas simple : il va falloir recruter des milliers d’ accompagnants dans les missions locales pour faire face à l’afflux de candidats. Il va falloir également convaincre ces jeunes décrocheurs, qui sont parfois invisibles, de rejoindre le dispositif.  

Mais au-delà des NEET, on pourrait imaginer un dispositif qui s’adresse à tous les jeunes, quelle que soit leur situation. Cela existe dans d’autres pays. Au Danemark par exemple, lorsque vous êtes étudiants, vous touchez environ 700 euros par mois et en contrepartie vous devez poursuivre et réussir vos études. Tout retard supérieur à 6 mois dans la poursuite des études se traduit par une interruption automatique de rémunération. On retrouve bien l’idée d’un donnant/donnant, d’un co-investissement dans le capital humain, mais qui est élargi à toute la jeunesse : ceux qui sont en apprentissage, ceux qui sont en insertion, ceux qui sont étudiants. 

Une telle extension coûterait certes très cher : environ 6 milliards d’euros. Mais l’on parle ici d’un investissement dans du capital humain : un jeune bien formé et donc inséré sur le marché du travail, ce sont autant de revenus de l’assistance qui n’auront pas à être dépensés demain par la société. Face au choc que notre jeunesse a subi pendant la crise Covid, n’est-il pas temps de voir encore plus grand ?

 

Emmanuel Combe est Président de la Société d’Economie Politique. Il est professeur à Skema Business School et Vice-Président de l’Autorité de la concurrence.