Menu icoMenu232White icoCross32White

Images de la page d'accueil

Cliquez pour éditer

Images de la page d'accueilBandeau avec du texte, des boutons ou une inscription à la newsletter

Cliquez pour éditer

La chronique du 7 août 2021

Réchauffement climatique : comment limiter l'appauvrissement collectif ?

Par Olivier REDOULES

Le changement climatique est là pour durer

Le dernier rapport du groupe d'experts internationaux du climat (GIEC) confirme ce constat, déjà perceptible dans celui paru en 2018. Aux dernières nouvelles, nous en sommes à une augmentation de l'ordre de +1 °C des températures moyennes mondiales par rapport au niveau de l’ère préindustrielle, qui sert de référence.

L’objectif inscrit dans l’accord de Paris de 2015 était de limiter la hausse des températures bien en dessous de 2°C, si possible à 1,5 °C. Cela représenterait déjà entre +50 % et +100 %  par rapport à la hausse que nous connaissons déjà. Or. cette trajectoire apparaît désormais optimiste, avec le risque que l’élévation s’accélère et soit irréversible.

Même dans le scénario optimiste d’une hausse des températures contenue à 1,5°C, les conséquences sur la vie des populations, en France et dans le monde, seront dramatiques : élévation du niveau de la mer, variabilité accrue de la météo, multiplication des catastrophes naturelles, désertification de certaines zones, modification des sols, de la faune et de la flore, etc. L’Insee faisait le constat d’un habitant sur deux potentiellement exposé à de fortes chaleurs à répétition dans les prochaines années en région Occitanie.

Le changement climatique conduit à un appauvrissement collectif

Un premier effet du changement climatique est de dégrader les conditions de production de richesses. Ses conséquences sont  évidentes pour l’agriculture et le tourisme, mais n’épargnent aucun secteur : on peut penser à l’augmentation de la pénibilité pour les travailleurs soumis à des conditions météo plus difficiles comme des fortes chaleurs, aux perturbations des transports et des réseaux d’infrastructures, à l’augmentation des prix de matières premières  ou des primes d’assurance, etc.

Deuxième effet, il faudra mobiliser des ressources économiques importantes pour s’adapter au changement climatique. Il s’agit  des efforts de maintenance ou de renouvellement des équipements, des coûts de reconstruction suite à des catastrophes naturelles et des investissements nécessaires pour vivre avec  (construction de digues, climatisation des espaces de vie et de travail, prise en charge des personnes fragiles, nouveaux risques pour la santé, etc.).

Les deux effets ci-dessus sont en ciseau : d’une part l’économie produira moins de richesses et d’autre part il faudra en consacrer une part importante pour s’adapter. Le résultat est une baisse structurelle des niveaux de vie.

Aux effets ci-dessus, qui sont de nature exogène, s’ajoutent ceux des politiques mises en oeuvre pour  respecter les  engagements de la France en matière de transition écologique. Le respect de ces engagements implique des dépenses massives à l’échelle du pays, qui représentent une ponction supplémentaire sur les niveaux de vie.

Un appauvrissement de telle ampleur posera un défi majeur pour le pays; il convient donc de le limiter au maximum en choisissant nos politiques climatiques de manière à maximiser leur efficacité et à minimiser leur coût.

Des politiques climatiques bien choisies peuvent limiter la perte de niveau de vie

L’approche suivie en France et au niveau de l’Union européenne, est globalement inefficace, coûteuse et illisible. Inefficace car elle vise la neutralité carbone chez nous alors que l’objectif devrait être mondial : rappelons que la part de la France dans les émissions mondiales est de seulement 1 % (l’Europe 8 %) et diminue, et que les pays émergents sont responsables de l’essentiel des émissions et de leur croissance. Coûteuse car elle vise à remplacer à marche forcée des équipements et technologies déjà peu émetteurs par d’autres un peu moins émetteurs mais beaucoup plus chers. Illisible car les politiques mises en oeuvre incorporent des objectifs supplémentaires comme la volonté de remplacer le nucléaire par de l’éolien ou du solaire ou encore l’utilisation de la taxe carbone à des fins de rendement budgétaire.

La France et l’Europe ne peuvent pas se contenter d’être exemplaires et de neutraliser les émissions chez nous, elles doivent viser cet objectif au niveau mondial. Un premier levier pour y parvenir est le marché européen de 500 millions de consommateurs, premier débouché commercial du reste du monde : son accès pourrait être conditionné au respect d’objectifs climatiques aussi ambitieux que les nôtres ou, a minima, soumis à des tarifs douaniers calculés en fonction des émissions carbonées induites par les importations. Un deuxième levier est l’exportation d’équipements et d’investissements vers des pays moins avancés que nous dans la réduction des émissions (par exemple exportation d’une centrale à gaz ou nucléaire pour remplacer une centrale à charbon), car le coût pour réduire les émissions y est moins élevé.  Cette contribution devrait être prise en compte pour l’atteinte des objectifs de réduction nationaux. Ces deux leviers peuvent être mobilisés simultanément, de manière coordonnée et cohérente au niveau européen.

La réduction nos propres émissions doit se faire dans une logique de transparence et d’efficience économique, pour rendre l’effort aussi supportable que possible. L’utilisation d’un prix du carbone unique est l’instrument qui réunit le consensus le plus large chez les économistes. Il faut l’appliquer uniformément à tous les ménages et toutes les entreprises, à tous les biens et services, produits sur place ou importés. Les autres instruments (subventions, normes, niches fiscales, taxes) doivent être utilisés avec beaucoup de parcimonie car ils se révèlent bien souvent aussi coûteux qu’inefficaces. La lisibilité recommande par ailleurs une logique de neutralité technologique : une fois le prix du carbone fixé, il faut laisser aux  acteurs le choix des technologies à privilégier. Enfin, la France devrait mettre à profit son avance dans la réduction des émissions, plus faibles qu’en moyenne européenne, pour fixer une trajectoire de hausse du prix du carbone en pente douce, prévisible à très long terme, qu’il faudrait publier partout et enseigner à tous les petits français entre les tables d’addition et de multiplication.

Pour en savoir plus :

Carantino B., Lancesseur N., Nakaa M., Valdenaire M.,  Effets économiques du changement climatique, DG Trésor, Trésor-éco n° 262  Juillet 2020, https://www.tresor.economie.gouv.fr/Articles/f61de095-591b-4059-9c49-ce4105bb5005/files/521d3d09-2192-4d6b-b3ef-00558eb1949f

Didier M., Koleda G.et Trotignon R., Moins de croissance trop de carbone, Rexecode, Document de travail N°74, juillet 2020, http://www.rexecode.fr/Analyses-et-previsions/Documents-de-travail/Moins-de-croissance-trop-de-carbone

France Stratégie, Rapport de la commission présidé par Alain Quinet sur : La valeur de l’action pour le climat,  2019, https://www.strategie.gouv.fr/publications/de-laction-climat

Germain, J.M. & Lellouch, T., The Social Cost of Global Warming and Sustainability Indicators: Lessons from an Application to France. Economie et Statistique / Economics and Statistics, 2020, https://doi.org/10.24187/ecostat.2020.517t.2024

GIEC, Rapport spécial du GIEC sur les conséquences d’un réchauffement planétaire de 1,5 °C par rapport aux niveaux préindustriels et les trajectoires associées d’émissions mondiales de gaz à effet de serre, dans le contexte du renforcement de la parade mondiale au changement climatique, du développement durable et de la lutte contre la pauvreté, 2019,  https://www.ipcc.ch/site/assets/uploads/sites/2/2019/09/IPCC-Special-Report-1.5-SPM_fr.pdf

 

Olivier REDOULES est économiste et membre du Conseil d'Administration de la Société d’Economie Politique