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La chronique du 28 août 2021

50 ans après la fin des accords de Bretton Woods, qui sont les vrais concurrents du dollar ?

Par Valérie PLAGNOL

Le 15 août 1971, le Président Nixon annonçait la suspension de la convertibilité du dollar à l’or[1]. Un mois plus tôt, il avait déjà surpris le monde en dévoilant la visite de son Secrétaire d’Etat Henry Kissinger en Chine, préparation à sa propre venue l’année suivante. L’histoire nous révèle l’importance de la concomitance des deux annonces.

Sur le plan monétaire, les cinquante années passées n’ont pas marqué l’effondrement du système monétaire international, ni même celui du dollar. Celui-ci compte encore pour près de 60% des réserves de change de la planète. La généralisation du flottement des devises a fondé l’expansion et l’ouverture économique du monde, sa globalisation et son interdépendance dans des proportions inconnues jusqu’ici. Ces évolutions ont été néanmoins accomplies au prix d’une plus grande instabilité monétaire et financière, de tensions croissantes quant à l’appropriation des ressources naturelles, et d’une angoisse grandissante face au devenir de la planète, de son climat et de sa biodiversité.

La suppression de la référence à l’or a accéléré la création monétaire et l’expansion du crédit. Un gonflement monétaire qui, malgré la vigilance initiale des Banques Centrales, et faute de demande finale toujours suffisante, a trouvé à se déverser dans de nombreuses spéculations financières. Pris par la nécessité d’attirer les capitaux étrangers, nombre de pays émergents maintiennent un régime d’ancrage au dollar. Mais contraints alors de défendre leur devise ils doivent adopter des politiques économiques contreproductives. Face à ce défi, l’Union Européenne s’est organisée autour de la constitution de l’euro. Les crises récentes ont montré qu’il offrait à ses membres une solide protection contre les conséquences des fluctuations du dollar : un pour tous en quelque sorte, même si cela ne va pas sans l’instauration de disciplines et de contraintes internes.

Pour le dollar, devise de réserve du monde, la médaille a aussi son revers. Les Etats-Unis souffrent d’un déficit chronique de leur balance courante, que les mesures protectionnistes ne sauraient contrebalancer. Loin de résoudre le « dilemme de Triffin[2] », le flottement généralisé des devises, en préservant la position dominante du dollar dans le monde, n’a fait que l’accentuer. Ainsi, la crise de 2008, puis la pandémie et la mise en œuvre de politiques monétaires ultra accommodantes, ne sont-elles pas en passe d’éroder un peu plus la confiance des investisseurs dans le dollar, tout en accroissant leur appétit pour la devise américaine ? La perspective d’un resserrement de la politique monétaire américaine (et donc d’un sevrage de dollars) provoque déjà des remous sur les marchés du monde entier.

Pour les fondateurs du Bitcoin, la réponse à l’inexorable dévalorisation du dollar, tient dans l’instauration d’un « or virtuel ». L’inflation de crypto actifs à sa suite, la volatilité de ceux-ci, rend le projet incertain. Il n’en a pas moins donné un formidable élan à l’élaboration de nouvelles monnaies digitales, d’abord privées – les « stablecoins » - et désormais publiques, avec les projets des Monnaies Digitales Banques Centrales (MDBC). Parmi les plus avancés, on compte l’expérimentation du e-Yuan, transportant la rivalité sino-américaine sur le terrain de la dominance monétaire. La Chine, qui détient d’importantes réserves en dollars, s’inquiète - pour ne pas dire qu’elle s’en irrite - de cette faiblesse. L’intensification de la rivalité commerciale, mais également géostratégique entre les deux grandes puissances, ne fait que stimuler la volonté des autorités chinoises de s’affranchir du dollar, sinon de le supplanter.

L’initiative du Président Nixon, en sortant la Chine de son isolement, puis en accompagnant son développement économique, n’a pas abouti à la libéralisation politique du régime. Amère désillusion. Déjà en campagne pour la prolongation quasi indéfinie de son poste à la Présidence, et à la tête des forces armées, Xi Jinping semble préparer son pays à toujours plus de contrôles à l’intérieur et plus de puissance projetée vers l’extérieur. Du côté américain, le recours au dollar comme outils de politique extérieure accroît la méfiance de nombreux pays qui cherchent à s’affranchir de cette dépendance.

 Ainsi, cinquante ans après sa suspension, la question de la refonte du système monétaire international se pose dans un cadre technologique et de rapport de forces renouvelés.

 


[1] Cette décision unilatérale sera suivie en 1973 par l’adoption du principe de flottement généralisé des devises, entériné en 1976 par les accords de la Jamaïque et la démonétisation de l’or.

[2] Robert Triffin est un économiste belge, qui a mis en évidence le paradoxe du pays dont la devise sert de référence au monde (comme ce fut le cas de la Livre Sterling avant le dollar).

 

Valérie PLAGNOL est économiste et ancienne Présidente de la Société d’Economie Politique